Grouik grouik, dit notre ventre quand il commence à faire faim. Pas fantastique, pour un organe qui contient pas moins de 200 millions de neurones. Mais, comme s’attache à le démontrer le documentaire le Ventre, notre deuxième cerveau, diffusé ce soir sur Arte, notre système digestif a plus d’un tour dans ses replis. Voilà quelques années que les scientifiques se penchent sur ce système nerveux dit «entérique». Dans ce film, la documentariste Cécile Denjean entreprend de montrer, recensant les expériences et travaux scientifiques les plus marquants, combien notre ventre influence notre comportement. Et ce, depuis nos origines. Impossible en effet de griller innocemment des saucisses au barbecue quand on réalise à quel point la découverte du feu et la cuisson de la nourriture ont joué un rôle déterminant dans le développement de notre encéphale : la digestion étant ainsi facilitée pour l’organisme pluricellulaire dont nous descendons, le rab d’énergie a pu être utilisé pour développer cet autre accessoire logé dans la boîte crânienne (qui contient aujourd’hui quand même cinq cents fois plus de neurones que le cousin d’en bas).

Ce lien particulier qui unit les deux systèmes nerveux peut aujourd’hui être expérimenté par tous les Homo sapiens : face à des coups de stress ou des émotions fortes, les mécanismes de la digestion peuvent se retrouver tout chamboulés. Et vice versa : les scientifiques qui se sont penchés sur cette «conversation secrète»entre ventre et tête ont repéré plusieurs canaux, à double sens. C’est majoritairement dans le ventre qu’est produite la sérotonine, molécule qui influence nos émotions et agit avec l’hypothalamus, au centre de notre cerveau.

Mais en attendant la fondation de la psychanalyse gastrique, le documentaire propose un détour par la Chine et la perception globale du corps que propose sa médecine. Un pays où guérir la dépression par des palpations du ventre ne paraît pas incongru.

Autre bouillon de culture qui joue avec nos émotions, les bactéries du microbiote, plus connues sous le nom de flore intestinale. Des chercheurs de l’Inra ont pu en distinguer trois types, un peu comme les groupes sanguins. Or, une expérience étonnante montre l’effet que peuvent avoir ces substances sur notre organisme : si l’on intervertit la flore d’une souris agressive et d’une souris calme, elles échangent aussi leurs comportements.

Le déroulé du film explore toutes ces dimensions de nos entrailles sur un ton accessible et pédagogique, accrochant le spectateur d’un bout à l’autre de cette épopée du ventre. Et lui donne de quoi nourrir sa réflexion.

Sophie GINDENSPERGER